Ma seule véritable culture est celle que je me suis trouvée en Kabylie puisqu'on sait que « l'oiseau ne chante bien que dans son arbre généalogique ». La vie de mon peuple contient la somme de l'expérience des hommes. D'où le rapport charnel que j'ai avec ma terre natale, mes racines.
La culture amazighe est, pour chaque Imazighen, la pierre de touche de son identité. C'est pourquoi je recrée chaque fois que je chante mon peuple. Je dépoussière ses histoires, ses contes, j'enrichis ses chants, préserve sa langue et ses valeurs, parce que tout cela m'a façonné et que si ce n'est pas moi qui le fais, qui le fera ?
Tout enfant, j'avais fait cette pénible découverte : je n'avais pas le droit de parler ma langue et de connaître ma culture. Alors que nous étions censés être libres et indépendants.
Aux récalcitrants, comme moi, on faisait des misères, comme c'est pas possibles. Grâce à cette prise de conscience linguistique et culturelle, j'ai compris, plus tard, qu'à travers ma langue c'est toute une sensibilité, une culture - et donc ma « nationalité » - que l'on repousse et que l'on étouffe avec mépris, d'autant mieux que ceux qui la repoussaient et l'étouffaient, ce n'était pas la leur. Nous Imazighen, nous savons que les gros bonnets les plus acharnés à détruire notre langue et notre culture ont été les divers ministres et députés du FLN sans oublier les islamo-baâthistes.
La langue maternelle, ça aide à se penser debout. Mon pays, c'est l'Algérie. Mais je suis le citoyen d'une autre patrie : la chanson. Quant à la langue amazighe, c'est ma langue maternelle, la langue du f½tus, la langue intérieure (...).
J'ai la double nationalité car j'ai deux pays : mon pays et mon pays intérieur. C'est dans la différence que je trouve mon identité.