Il était une fois un chanteur rebelle. Un chanteur qui n'hésitait pas à dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Un chanteur-combattant, un chanteur-hurlement, un chanteur-vérité qui bousculait et bouscule encore avec force et brutalité les certitudes les plus ancrées, les convictions les plus solides, les visions les plus répandues.
Il était une fois, Matoub Lounès.
Matoub, une personnalité complexe, un texte puissant, profond, troublant, porté par une voix plus proche du tonnerre que du murmure des petites âmes.
Matoub, un baroudeur du verbe, de la parole, qui a poussé ses adversaires à leurs limites, jusqu'à user de leurs barouds assassins pour le réduire au silence.
A l'occasion du 8e anniversaire de son assassinat le 25 juin 1998, et à l'approche du 5 Juillet, date de l'Indépendance et de l'émergence de l'Algérie comme nation et Etat souverain, l'idée de porter une fugace attention sur la place de l'Algérie dans la chanson du Rebelle m'a effleuré l'esprit. Seulement, devant l'ampleur de l'entreprise qui réclame beaucoup de temps et de moyens, tant l'Algérie a traversé en profondeur la production de Matoub, je m'arrêterai à quelques extraits de son riche répertoire.
Ce 24 juin 2006, Radio Berbère a réservé un temps pour la chanson de Lounès. Debout, je savourais cette poésie et cette musique que seul Matoub avait le génie de composer et d'interpréter. Cette fois, l'écoute du dernier vers d'un morceau de sa chanson Aghuru m'a particulièrement interpellé. J'étais grandement ému par la subtilité du poète. En effet, même dans sa révolte, même quand il verse carrément dans la subversion et la provocation, il a ce génie de prémunir l'essentiel et de ne pas faire de l'accessoire son centre d'intérêt. L'essentiel c'est l'Algérie, et il fait d'elle la première et la seule bénéficiaire de sa révolte

