MATOUB(LA RELIGION )

MATOUB(LA RELIGION )
En bon Kabyle, j'ai été élevé selon les principes musulmans. On m'a appris à croire en Dieu et en l'Islam, tout naturellement, comme je respire. Tout en sachant que la religion est source de toutes les guerres, de tous les conflits, de tous les malentendus entre l'homme et son frère.

Des hommes vont tuer d'autres hommes pour des hommes qui font de la politique politicienne avec l'Islam. Ces choses-là, c'est tellement bête que c'en est décourageant. La religion musulmane interdit la pratique de ségrégation sur les bases raciales.

Cela dit, l'Islam de nos ancêtres, est un facteur d'union puissant. Il nous empêche de nous opposer les uns aux autres, nous démontre notre unité nationale. On ne peut pas définir l'Algérie sans l'Islam. L'Islam de nos ancêtres, c'est la démocratie avant la lettre. C'est une religion de progrès et de liberté, de tolérance et de pardon.

Il faut faire la différence entre chef religieux spirituel et chef de parti politique, entre politique et Islam. Il ne faut pas non plus confondre les institutions politiques et les institutions religieuses.

Le fait que certains dirigeants du mouvement islamique manifestent ouvertement un comportement extrémiste ne signifie pas que chaque musulman digne de ce nom leur emboîte le pas. La rigidité théologique ne doit pas avoir cours. La tradition démocratique impose un cadre légal ; un rempart de principes à toutes les exactions.

La transformation du quotidien par l'application des idéologies n'est qu'un leurre. Certains chefs de parti sont trop opportunistes pour avoir des chances de survivre. Ils sont prêts à tout pour créer un climat facilitant leur mainmise sur l'Etat.

L'Algérie est une terre de tolérance, ennemie du sectarisme. Il faut lutter contre la duperie des systèmes politiques. La religion telle qu'elle est enseignée est aussi un ennemi. Elle est l'allié des puissants, elle trompe le peuple. Les dominants font la cour aux masses laborieuses pour mieux les assujettir, pour mieux les exploiter, parce qu'ils ont peur d'elles, et parce qu'ils ne peuvent exister sans elles. Ils ne suffit pas de s'en remettre à Dieu et à ses saints : il faut agir. Il n'y a pas de temps à perdre. Il faut aller au but, le plus vite possible.

Cela dit, toutes les tendances ont leur place en Algérie, à condition qu'elles ne se revendiquent pas de l'Islam qui est le bien commun de tous les Algériens et qu'elles ne soient pas inféodées à des puissances extérieures. La démocratie est à ce prix.

Il ne faut pas oublier que les guerres les plus atroces sont les guerres de religion. Personnellement, je voudrais que chacun(e) aille à Dieu par ses propres sentiers. C'est le secret de notre liberté.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 08 juillet 2006 15:40

Modifié le dimanche 09 juillet 2006 08:21

MATOUB(PROVOCATEUR ?? )

MATOUB(PROVOCATEUR ?? )
Provocateur, tu comprends, c'est pour moi une fonction. Parce que c'est la seule chose, en dehors de chanter bien sûr, que le public ait envie d'entendre de moi. Quoique je puisse faire maintenant, je n'effacerai jamais cette image. Mon métier d'artiste, c'est de piétiner toutes sortes de plates-bandes.

On n'écoute pas forcément ceux qui crient. Mais on écoute parfois ceux qui crient avec leurs tripes. Même si pour cela je dois choquer. C'est par authenticité, par goût de la spontanéité que je me livre, malgré moi, le c½ur nu et l'âme offerte, à des exhibitions propres à déchaîner les foules.

Cette société, c'est pas moi qui en ai établi les règles, je n'accepte donc pas ses règles. Quand on me dit : ne dépassez pas les limites polies et convenables ; c'est là que j'essaie d'aller trop loin.

C'est vrai. Je suis un emmerdeur. Ca fait des années que j'emmerde les autorités algériennes. C'est ma nature, que veux-tu ? Je sais, je ne suis pas malléable. Je peux même devenir insupportable. C'est ma façon de faire taire les admonestations des adultes donneurs de leçons.

J'ai peut-être le tort d'être toujours moi-même. Je ne peux pas me changer, et il n'y a pas de risque que je puisse changer (rires). Je gêne, donc j'existe. Je n'ai pas la vocation nécessaire pour faire un bon béni-oui-oui.

On sait depuis le nuit des temps que pour vaincre la routine et le conformisme, il faut choquer et même scandaliser. Je dérange parce que j'ose aller en première ligne. Je tente de conjurer les dangers en les provoquant. C'est à coup d'audaces que je deviens plus lucide, plus authentique. C'est ma façon de vivre, d'assumer ma folie.

Je dérange aussi parce que je remets en cause à chaque fois la vision rassurante du monde que l'on pouvait avoir à la seconde d'avant. Le public attend de moi que je surprenne, que je stupéfie. Si le public repartait indifférent, j'aurais perdu. D'ailleurs le jour où je cesserai d'étonner, j'arrêterai. Et c'est une façon de rendre hommage à mon public.

Tous les grands artistes, de nature offensive, se sont livrés au jeu bienfaisant de la provocation et de l'outrance. Ils ont été des gêneurs, des provocateurs, des ennemis de l'Ordre. C'est pourquoi ils sont haïs et réduits au silence par les défenseurs de tous les ordres établis.

Remettre en question, « voir plus loin que l'horizon », changer le monde de bases pour changer le destin, c'est, je pense, mon engagement le plus fondamental.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 08 juillet 2006 15:39

Modifié le dimanche 09 juillet 2006 08:27

MATOUB (LA DEMOCRATIE )

MATOUB (LA DEMOCRATIE )
Il n'y a pas un mot que j'aie pris plus en horreur que le mot démocratie quand je pense à ce qu'on a fait de ce concept. Les m½urs de la politique ont tout envahi : elles sont perfides, dégoûtantes, nourries d'arrogance et de mensonges, toutes rampantes au-delà de toute expression, toutes de calculs et d'intérêts

Tout n'est que partis... pris (rires) et partisans, combinaisons politiques et intérêts privés, clans et bandes. C'est pourquoi, je refuse de participer à cette mascarade de démocratie où l'on remplace un militaire par un flic, un pion par un autre pion. Il ne s'agit plus d'attendre une quelconque rédemption religieuse ou un avenir radieux.

La démocratie, aujourd'hui dans le pays, n'est qu'un moyen pour certains vieux chevaux de retour, qui nous préparent des lendemains qui ne chanteront pas, de satisfaire une soif perverse du pouvoir.

Beaucoup d'hommes politiques ont été tour à tour de tous les partis et les et les ont tous trahis. Ils ne peuvent supporter une force supérieure ou intellectuelle qu'à condition de la corrompre et de l'asservir. La plèbe la plus vile est plus noble que cette racaille.

L'Algérie est en train de mettre elle-même fin à son existence. Et il faut être assez naïf pour croire que les politiques chercheront à modifier une situation qu'ils ont eux-mêmes créée.

Aucune démocratie ne pourra naître à l'ombre de ces vieux chevaux de retour ou des mitraillettes. Car vouloir imposer un point de vue par la force, c'est nier les règles élémentaires de la démocratie.

Qu'un homme, un seul dise : « démocratie », et il sera imité par un autre, des dizaines d'autres puis une foultitude. Dire « démocratie », c'est prendre conscience que la démocratie ne se donne pas, elle s'arrache. Une révolution ne se fait pas avec des slogans mais avec des actes concrets.

Le changement de l'Algérie passe par le changement individuel. Evidemment des forces occultes, voire rétrogrades et obscurantistes, nous bloquent, nous empêchent d'instaurer la démocratie parce qu'ils ont trop de choses à se reprocher. Il suffirait de les combattre sans relâche.

Il faut que la démocratie se fasse, et proprement. Sans effusion de sang ni violence. Je suis pour toutes les violences, sauf celle du sang. Si l'on ne réagit pas rapidement, la qualité de la vie va devenir encore plus médiocre qu'aujourd'hui. Déjà, le relâchement est général. Il faut se reprendre en main, arrêter de brader nos richesses naturelles aux multinationales.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 08 juillet 2006 15:38

Modifié le dimanche 09 juillet 2006 08:02

MATOUB ( MON PUBLIC )

MATOUB ( MON PUBLIC )
Il n'y a pas de catégorie sociale bien définie. Mes admirateurs viennent de toutes les classes de la société. Si je n'avais qu'un public d'inconditionnels, je m'en inquièterais.

Les « fous » n'ont pas place dans mon public. Mon public est aussi « sage » que moi. Je le libère en poussant jusqu'au bout la « folie » que chacun(e) possède au fond de soi. A chaque fois, il me pousse à aller plus loin. Entre lui et moi, il y a en permanence une sorte de folie, une sorte d'escalade dans la provocation. Des fois, je me dis qu'il va me dépasser. Et c'est ce qui me fait peur car l'énergie que je leur ai communiquée les rend audacieux, les rend invulnérables.

En me soutenant à fond, mon public m'a beaucoup aidé à me faire entendre. Il a choisi mon camp. Il m'a imposé. Les médias essayaient de me bâillonner. Ils n'osent plus.

Il y a, entre le public et moi, un extraordinaire phénomène d'identification. Une manière de complicité fraternelle m'unit à lui. Il se projette en moi, souffre avec moi, communie avec moi. C'est quelque chose de vraiment formidable ! ...

Les galas sont plus exaltants, surtout sur le plan du contact humain. La scène apporte une chaleur et une euphorie que la cassette ne procure qu'à 50 %. Car, comme les meddahs, j'ai besoin de la présence physique des gens à qui je m'adresse. Pour moi, la poésie est un échange entre celui qui dit et ceux qui écoutent, entre celui qui écrit et ceux qui lisent. A chaque gala, je tente d'établir une relation nouvelle avec le public, en créant une innovation. En quelque sorte, je travaille à la contamination du public.

J'ai lu quelque part que tout Art est fondamentalement Sexe. L'expression « se donner en public » est significative. Dans les galas, il y a une séduction sexuelle par contact direct et concret.

Les spectateurs - du moins la grande majorité - qui viennent assister à mes galas connaissent déjà par c½ur une bonne partie de mon répertoire. Malgré une publicité restreinte, réduite à sa plus simple expression, je fais toujours salle pleine : le bouche à oreille et le téléphone arabe (le comble pour un chanteur Kabyle) ayant fait le travail à la place des médias.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 08 juillet 2006 15:36

Modifié le dimanche 09 juillet 2006 08:08

MATOUB ( LES CRITIQUES)

MATOUB ( LES CRITIQUES)
On a trop tendance à classifier un auteur compositeur interprète comme « grave » ou « léger ».

Certains critiques aussi légers que superficiels - habitués à ne vivre que de mode, de vent, de copinage et de compromissions - ont eu vite fait de me classer dans le genre « poète provocateur de la chanson amazighe »

D'autres préfèrent voir en moi le poète de l'amour et de la subversion et ne valorisent que les chansons qui ne dérangent pas. Quant aux fans, bon nombre d'entre eux ont persisté à me considérer surtout comme « un poète du peuple », « un briseur de tabous », « un laboureur des mots », « un forgeron du verbe », etc.

Le public et les critiques ont toujours besoin de références pour justifier l'intérêt qu'ils manifestent à un nouvel artiste. Ce n'est pas la première fois qu'un artiste est vu autrement que selon ce qu'il croit être.

Ca me gêne d'être jugé beaucoup plus comme un poète de l'amour (par exemple) qu'au regard de ce que j'ai pu écrire dans d'autres tonalités, d'autres registres. D'ailleurs, j'ai toujours revendiqué pour le poète le droit à s'exprimer dans des registres différents.

Je rêve d'écrire et de toucher aux diverses expressions poétiques. Avec l'enregistrement de mes prochaines chansons, je veux changer un peu l'idée qu'on a de moi.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 08 juillet 2006 15:35

Modifié le dimanche 09 juillet 2006 08:12