Beaucoup de mes chansons poèmes n'ont pas bougé, pas vieilli. On dirait que je les ai écrit hier. Ils sont faits - du moins je le souhaite - pour durer. Quand on parle de mémoire, de l'amour et du temps qui passe, on échappe aux modes, et on a une chance, par rapport aux autres de durer.
Une fois une chanson terminée, enregistrée, je l'oublie complètement. Elle ne m'intéresse plus. Ce qui compte, c'est ce que je suis en train de faire, ce que je vais faire.
Je travaille sans cesse et je ne pense pas être au bout de mes possibilités. Je ne suis jamais complètement satisfait de mes œuvres. Je découvre toujours, après, qu'il y a quelque chose que j'aurais pu améliorer. Dans une décennie, peut-être ferai-je mieux. Je suis plus sensible au fond qu'à la forme, à l'intelligence réelle qu'au faste et au clinquant.
Il y a certains créateurs qui, pour plaire, sont prêts à tout. Pour ma part, je n'aspire nullement à faire des chansons poèmes kleenex destinés à être jetés après usage. Je ne veux pas non plus devenir un chanteur à succès totalement conforme aux goûts du public. Flatter le public ? Ce serait en quelque sorte le mésestimer. Ceci dit, mon œuvre, si œuvre il y a, quelque bonne ou mauvaise qu'elle soit, où puisse être, reste toujours mon œuvre.
Je suis mieux placé que quiconque pour connaître mes faiblesses et mes insuffisances. Mes chansons, indépendamment de leurs qualités ou défauts littéraires, restent mes chansons. Elles portent en elles la sincérité de la jeunesse mais quelque chose de viscéral dont je n'ai jamais pu me débarrasser.


